11 h 19
Un après-midi à Thiès, un enfant trouve une montre arrêtée au bord des rails. Dans une échoppe de la ville basse, un réparateur la réveille d’un seul geste.
Un après-midi à Thiès, un enfant trouve une montre arrêtée au bord des rails. Dans une échoppe de la ville basse, un réparateur la réveille d’un seul geste.
À Thiès, l'heure a longtemps appartenu au soleil. Il réglait le départ des voyageurs sur le plateau, la halte à l'ombre, le retour vers les villages. En 1885, une autre mesure est arrivée, portée par une ligne de fer : celle des horaires, des sifflets et des machines qu'il faut comprendre pour les faire tourner.
Au milieu du XIXᵉ siècle, les géographes de Saint-Louis dessinent le pays en royaumes. Sur le plateau qui sépare le Cayor du Baol, Thiès se tient déjà au bon endroit.
En 1885, le fer relie le plateau à l’océan. Les récoltes descendent vers Rufisque, et Thiès apprend à vivre à la minute.
En 1885, le fer relie le plateau à l’océan. Les récoltes descendent vers Rufisque, et Thiès apprend à vivre à la minute.
I
À Thiès, l’heure a longtemps appartenu au soleil. Il réglait le départ des voyageurs sur le plateau, la halte à l’ombre, le retour vers les villages. En 1885, une autre mesure est arrivée, portée par une ligne de fer : celle des horaires, des sifflets et des machines qu’il faut comprendre pour les faire tourner. Avant la ville, il y eut un plateau, une terre de latérite rouge.
Au milieu du XIXᵉ siècle, les cartes venues de Saint-Louis dessinaient le pays en royaumes. Les géographes y traçaient les fleuves, les escales et les routes de l’intérieur avec la minutie de ceux qui découvrent un pays en le mesurant. Thiès appartenait encore à l’arrière-pays, à cette terre que l’on traverse pour aller plus loin. Elle se tenait pourtant au bon endroit : sur le plateau qui sépare le Cayor du Baol, là où les pistes venues de la mer entamaient leur montée vers l’intérieur des terres. Sa position deviendrait son destin.
Ce destin arriva par le fer. En 1885, la ligne Dakar–Saint-Louis fut ouverte sur toute sa longueur, 264 kilomètres de rail entre le fleuve et l’océan.
À Thiès, la station s’éleva près d’un baobab, et deux âges du temps se tinrent côte à côte : celui de l’arbre, qui compte en siècles, et celui de l’horaire, qui compte en minutes. Avec le train vinrent les quais, les horaires affichés, l’attente de l’heure dite. Par la voie passèrent les récoltes d’arachide, chargées vers Rufisque et Dakar par dizaines de milliers de tonnes. Thiès apprit à vivre à la minute, au rythme d’une machine qui reliait désormais le plateau à l’océan. Le lieu de passage devint une ville. Mais la ligne traversait un royaume.





Le damel du Cayor, Lat Dior, vit dans ce chemin de fer une route imposée au cœur de ses terres. La tradition orale garde la mémoire de son serment ; l’histoire retient sa chute, en octobre 1886, à Dékheulé. Cent trente-huit ans plus tard, en décembre 2024, Thiès éleva sa statue.
Le cavalier qui s’opposait à la ligne veille aujourd’hui sur la ville que la ligne a fait grandir. L’histoire a ses retours, et Thiès sait les honorer.
Pour faire rouler les trains, il fallut les réparer. Autour des voies s’élevèrent les ateliers du rail, des halles où l’on chaudronne, où l’on tourne, où l’on ajuste.
Chaudronniers, tourneurs et mécaniciens y apprirent un savoir qui passait de l’aîné à l’apprenti, par l’exemple et par le geste répété. Une précision qui se transmet de main en main. En 1907, le chantier de la ligne de Kayes partit de Thiès, et la ville devint la ville aux deux gares.
En 1923, près de 450 000 voyageurs empruntaient la ligne. Chaque train qui partait devait être prêt, chaque train qui revenait devait être remis en état : la ville vivait au rythme de cette double exigence. Elle en connut aussi le prix. Le 27 septembre 1938, six cheminots grévistes tombèrent à Thiès. En 1946, la ville qui entretenait les machines porta la parole de ceux qui les font rouler : la fédération des cheminots africains s’installa à Thiès, sous la direction d’Ibrahima Sarr.
Le 10 octobre 1947, à minuit, 17 000 cheminots et 2 000 dockers cessèrent le travail. Leur revendication était simple, et elle était immense : à travail égal, salaire égal. Les trains se turent ; la ville resta debout.
Expulsées des logements du rail, les femmes gardèrent les foyers et firent face à l’armée, pilons à mil en main. On fit venir de France trois cents cheminots payés le double ; la grève résista. Au terme de cinq mois et dix jours, elle obtint le principe d’un salaire égal pour tous les cheminots, africains et européens. Ousmane Sembène en fit un roman, Les Bouts de bois de Dieu, qui donna aux cheminots de Thiès une place dans la littérature du monde. À Thiès, la précision et la dignité ont toujours été la même mémoire.
Le baobab figure encore sur les armoiries de la nation, arbre sous lequel on se rassemble pour parler. Certains dépassent le millénaire. À leur ombre, la parole passe d’une génération à l’autre : c’est cette transmission que la Maison inscrit au poignet. Cette mémoire, elle la confie à celles et ceux qui portent ses garde-temps, et les nomme ses Gardiens.
Il fait tard, disent les anciens, quand le soleil se couche. Pour TINAK, il était temps.




Elle prend forme à travers deux collections. Baobab associe un mouvement automatique à un cadran travaillé en relief, dont les motifs s’inspirent des textiles africains. Son fond transparent révèle le mouvement et son rotor décoré.
Cayor fonctionne à l’énergie solaire. La lumière reçue par le cadran est convertie en énergie pour alimenter le mouvement. Les chiffres romains, la minuterie périphérique et le motif géométrique central structurent son cadran. L’une vit du geste de celle ou celui qui la porte ; l’autre, du soleil qui a donné son nom à la Maison.